Bribes et pépites.

Publié le par gribouille

-Il me regarde furtivement, je le regarde plus franchement, il ne se passe rien alors j'ose un direct  "on danse ?" Petite moue de dépit du danseur. Ok il s'est fait piéger. On danse. Il danse super bien. Je comprends mieux son expression. Un bon danseur aime choisir des partenaires de son niveau. Normal. Finalement il reviendra m'inviter. Sans doute pas de son niveau mais bon, ça peut le faire tout de même. D'ailleurs, s'il ne m'avait pas  réinvitée, en  aurais-je parlé ?

***

Je lui dis : - T'es venu avec ta femme ?

-Non avec une bouteille d'eau. je l'ai perdue d'ailleurs

Il a l'air embêté.

***

Tout à coup il s'énerve, je ne fais pas ce qu'il veut. Il recommence,  ça ne fonctionne toujours pas. Il s'entête. Hé, mec, sois plus clair ! il rougit un peu, bredouille de vagues excuses. Je lui rappelle que je ne suis pas sa femme, contre laquelle il doit se permettre de râler. Je ne lui en veux pas : un vieux monsieur attachant malgré tout. Il a l'air embêté, lui aussi. Il reviendra m'inviter, lui aussi, pour réessayer de me faire faire son pas, - en vain. La prochaine fois, promis, on recommencera. J'ai hâte.

***

On s'est retrouvés, par hasard, comme à chaque fois. Dans l'enlacement, un sentiment puissant de bien-être, peut-être de bonheur. Une chance. Ma pépite. Je souris bêtement. Il me dit "on s'aime" et rajoute, de peur sans doute d'être mal compris,  "dans l'abrazo". 

***

Dansant et m'ennuyant, j'attends la fin  de la tenda en essayant de ne pas trop grimacer et me demande si le tango finalement  ne me ferait pas plus de mal que de bien.  A la fin du premier morceau, on se détache, on se regarde, j'esquisse un vague sourire, regarde au loin, je le sens prêt à me parler, je grommelle un vague oui, grimace, voilà c'est fait, je ne voulais pas grimacer, je n'ai pas pu me retenir, vite dansons, ça vaudra mieux. Et on repart pour un tour d'ennui. 

***

 Il a quelque chose de félin dans sa manière de traverser l'espace, de le danser : précis, gracieux. Maitrise et beauté. Il rattrape chaque faux pas de sa danseuse avec une rare élégance : à la fin de la tenda j'en arrive à croire  que je danse bien. Bref, un maître.

***

Je découvre après plusieurs années de tango, et en ayant suivi un cours avec des profs que je ne connaissais pas,  que je ne pose pas les pieds comme il faudrait, trop sur l'extérieur. J'ai découvert également une nouvelle manière de tourner.  C'est ainsi que j'évolue - lentement : un cours par ci, un autre par là, plutôt  rarement donc ,et à chaque fois un truc à corriger. C'est sans fin. J'ai de quoi progresser jusqu'à ma mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans bribes électives

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Violette 30/05/2018 20:02

De jolies bribes, attendrissantes, des moments comme des miroirs, qui traverseraient presque l'instant présent.
Croustillants !