La fuite du temps

Publié le par gribouille

La tragédie de la vieillesse ne tient pas à ce qu'on est vieux, mais à ce qu'on est encore jeune.

                                         Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray (non censuré), Les cahiers rouges, Grasset.

la fuite du temps, gravure.

 

J-3

Encore un tour, encore un jour. «Tu danses bien », « c'était bien »... quelques compliments, dont on ne sait s'ils sont pour la forme, comme ça, pour faire plaisir, ou réellement pensés. Une vague politesse. Vaguelette. Quelques gouttes, pas de quoi faire peau neuve. Deux danses. Pas trois, ni quatre. Deux. L'un fâché de la distance mise entre nous deux. La fin du set de l'orchestre. Un abrazo qui ne fonctionne pas. Une musique qui n'inspire pas. L'ennui ? Le danseur avec lequel j'avais le plus envie de danser, lorsqu'il a été libre, je lui ai passé devant sans le regarder. Nulle. Au plus bas de ma forme. Forme ? Douce ambiguïté du mot.  Forme d'un compliment vite glissé, pour se débarasser. Je ne sais pourquoi. Parfois, on se sent reine, parfois en peine ; pauvre, qui se voyant dans la glace ne veut pas se reconnaître. Et pourquoi la tenue qui m'allait bien jusqu'à present, ce soir là m'a plombé la silhouette ? Pas de tain miraculeux. Parfois on se sent en veine, parfois en peine. Et les rimes faciles : pourquoi pas ? Mais. On ne me dictera pas la forme de mes phrases. Ni le ton. Ni l'intensité. Ni rien. Encore un jour, encore un tour.

 

J-2

Je donne, sans y regarder à deux fois, 2 euros à un mendiant dans le métro ou la rue. Mais quand il s'agit de payer un vestiaire obligatoire, je fais ma crevarde. Je remballe mon billet et m'éclipse. Du coup me suis retrouvée dans un lieu grouillant de monde sans savoir où poser ma carcasse. Alors j'ai dansé, et quand trop a été trop la tautologie m'a reconduite chez moi. Trois petits tours et disparu le jour. Encore un. Mais ce ne sera pas le dernier.

J-1

J'ai traversé tout Paris. Ça peut être long le métro. Moi je regarde le plafond généralement. C'est là que se nichent les araignées. Au bout d'une heure de vaine attente en l'arrivée de danseurs et après deux danses dont une particulièrement insoutenable, j'ai pris mes chaussettes à deux mains et me suis apprêtée pour retrouver mon plafond jaune sale du métro.

Partir ?

Un danseur est venu me chercher. Re-chaussettes à enlever. Et puis finalement j'ai réussi avec le peu de bons danseurs qu'il y avait à bien danser, en invitant un qui n'a pas su me dire non alors qu'il avait mal au pied. Quelques tours, puis de nouveau les chaussettes - et bien sur quelques gribouillis.

Rester ?

J'ai hésité entre le métro et le RER, une valse-hésitation, question de faire durer ce jour qui a bien fini par se clore, dans un métro traversé par des âmes avinées et titubantes quêtant un regard, une pièce, ou une bagarre, - de quoi alimenter leur quotidien de gens sans veine, de gens en peine. L'une d'eux portait des chaussures en lambeaux, n'avait même pas de chaussettes. J'ai fait ma crevarde, j'ai gardé mes 2 euros. Le sens de l'économie, quand le temps vous est compté.

 

Jour J -  le dernier. Alors ? 

               A l'année prochaine.

                                   Et d'ici là soyez heureux.

et surtout, surtout, ne mangez pas de foie gras !

Publié dans bribes électives

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Juan d'Arienzo 22/02/2019 22:41

Merci Gribouille pour ces belles métagores autour du ressenti des tanguéras...
"C'est à tort que les hommes se plaignent de la fuite du temps, en l'accusant d'être trop rapide, sans voir qu'il s'écoule à la bonne vitesse. " de mon ami LDV en TGV...

gribouille 26/02/2019 11:09

Juan ou Carlos, merci à vous pour cette citation. Le temps n'est qu'un intrus sans visage, on lui prête celui qu'on peut/veut.

Claudine 31/12/2018 12:49

Original cette façon de souhaiter bonnes fêtes avant la nouvelle année ! Mes voeux pour toi attendront le 1er janvier ...En attendant ce passage peut être danseras tu...
Amuse toi ou à contre courant dans le calme..
A 2019

gribouille 31/12/2018 18:16

A l'année prochaine donc. Avec un nouvel article peut-être : j'espère bien que cette soirée saura offrir quelques nouveautés.

ALAIN RUELLAN 31/12/2018 11:33

Bonne fête de fin d'année, bon réveillon !
L'année prochaine, tu seras généreuse; tu donneras au responsable du vestiaire comme au SDF qui a froid. Je ne pense pas que tu danseras avec eux, pas même avec moi. Pourtant, on a rendez-vous.
2019, ce n'est plus très loin.

gribouille 31/12/2018 18:17

A l'année prochaine. Paris nous tend les bras : y a plus qu'à…. Bonne fin d'année