Le soleil se lève aussi sur Mars

Publié le par gribouille

Le soleil se lève aussi sur Mars
delaunay

A G. qui porte bien son nom, fils de bonne famille qui débute dans le tango : est-ce bien décent la danse ? A G. dont je ne garde que l'initiale, et le souvenir vague d'une chemise verte  boutonnée jusqu'au col.

Arrivé à la milonga, Il s'est dirigé directement vers le bar, sans même enlever sa veste, réclamant du vin, le cherchant sur le comptoir, affolé, vert de rage. Quand il a compris qu'il n'y en avait pas, il s'est vengé en  mangeant toutes les chips puis est allé s'affaler dans un canapé pour cuver son vin. A un moment donné je l'ai vu debout, un peu chancelant,  il cherchait peut-être une danseuse. Puis il a disparu de mon champ de vision,  je n'ai aucune idée d'où il a pu finir.

Lempicka

Elle me dit : quand je serais vieille…. C'est un peu comme moi qui lance à un jeune à vélo qui me double : normal, je suis moins jeune que vous ! On ne se voit pas vieillir quand on se sent jeune, et  surtout ,et plus fondamentalement, certains mots ne nous appartiennent pas, on les laisse aux autres. Comme elle m'intriguait, je l'ai suivie dehors, et moi qui ne fume plus je lui ai tapé une clope pour engager la conversation. En même temps je n'avais pas grand chose d'autre à faire, un passage à vide, quand personne ne t'invite. Faut bien s'occuper.  Deux jeunes, vertes toujours,  à parler mecs dehors. Sympa.

picasso

Je l'entends qui tente d'engager un semblant de conversation : on ne danse pas le tango sur cette musique. Je ne réagis pas. Elle ajoute, extatique : on danse avec les anges. Ah… je ne réagis toujours pas. J'ai l'impression d'être dans une mauvaise sitcom avec une jeune et jolie actrice, mais sans talent, qui se contente de faire du par cœur, sans candeur ni verdeur . Finalement elle abandonnera l'idée de m'intéresser. ouf. 

 

La planète sauvage

Je savais avant que d'y aller que je ne danserai quasiment pas, là-bas c'est toujours ainsi,  et pourtant j'y suis allée. Au bar, que je puisse demander un verre d'eau semble déplaire. Le son est mauvais, l'ambiance lugubre. Je ne sais pas pourquoi : la hauteur sous plafond ? l'éclairage chiche ? les murs vides ? Le lieu m'est hostile. Pourtant j'en vois qui vont et viennent, tout sourire, - des ectoplasmes endimanchés. Une démo va avoir lieu. Nous ne sommes manifestement pas du même monde. D'ailleurs, personne ne m'invite. J'ai dû traverser une faille spatio-temporelle qui m'a projetée dans un monde froid et  factice,  mon existence même en devient improbable. Finalement, deux danseurs, désorbités  comme moi,  m'inviteront, je m'échapperai tout de suite après de peur que l'immobilité ne me calcifie sur ma chaise.

Publié dans bribes électives

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