Se taire ou parler : en attendant de choisir.

Publié le par gribouille

-Je reviens de Buenos Aires. Oui, mais il me l'a déjà dit il y a 15 jours. Je le lui fais remarquer. Il ne va pas pouvoir me servir ce couplet trop longtemps, ça n'aura plus de sens. Le sens. justement. De celui qu'on donne à nos tours de piste.  A nos paroles. Ou pas. Pas à pas, mot après mot.  Parler pour orner et séduire, parer pour garnitures et fioritures. Un mot. Un pas.  Et se retirer dès le rivage entrevu ? Le sens. Aux roucoulades d'un soir. un possible sens à ça ?Jacasse dans mon oreille. Flot vide qui s'écoule dans la trompe, sans obturer,  claironne, va plonger dans des profondeurs immaitrisées, qui pourraient, elles, inconscientes de ce qui se joue à la surface, y croire, prêter foi à ce qui se dit. Alors oui, il y a relié à ce conduit un cerveau. Quelque part, répandu en nous, un entrelacs de sentiments. Un flux de sensations. Sans obturer ma trompe d'Eustache. Mais avec le  risque tout de même d'atteindre des zones de désirs tus, de violence contenue. Malgré ce vide qui se déverse. Il, l'Autre, Lui,  le jacasseur,  doit s'écouler en moi, comme se fluidifie la danse. Tout ceci n'est que distraction. Rien d'essentiel. Pur divertissement, pour oublier qu'on va mourir. Oublier notre part dérisoire. Nos manquements à la vie ou à notre parole. Oublier pour se donner le sentiment d'exister. Oublier le sens à donner à nos mots. Et tourne, tourne. Et oublie. Ne laisse pas la colère embourber ton esprit, quand l'un et l'autre, et de nouveau celui-ci, et l'autre, encore lui, puis un autre, suppurent des mots. On a tous besoin de sentir qu'on existe. Tous besoin que l'Autre nous assure de notre présence au monde. Danse. Sans enclume verbale. Vanité de la danse quand tu passes de bras en bras. d'un inconnu ou presque à un autre inconnu ou presque. Une vague familiarité au fil du temps. Des signes de reconnaissance. Et puis tout ce qui n'est pas dit. Juste deviné.  Caché.Terreurs d'échouer dans un silence solitaire. Hantise de ne pas pouvoir. ne pas trouver. Mais.  Le tango, ne pas en faire un enjeu. Rien. légereté. Alors oui il revient de Buenos Aires, il a tant envie de le dire. Laisse le. Comme cet Autre qui te roucoule dans l'oreille, et t'oublie sitot la danse finie. Etres vains et superficiels. Nous ne pouvons qu'être ça. Que ça. Sans consistance. mais crayonnés dans la danse, contours, et formes. Apprêtés dans la danse. Prêtés à la grâce, quelques instants. Recherche le geste juste, pas le mot, trahison. Contente toi d'un beau tracé de la pointe de ton talon. Et entends sans écouter. Jacasseurs. Roucouleurs. Les beaux ou pas beaux parleurs.  Cherche le lapiz parfait, le compàs dans le pied, le cœur à la musique. Jusqu'à l'écoeurement parfois, l'écorchement du cœur. On ne peut côtoyer sans blessures. Accepte ces ratés des âmes, ces erreurs, ces mots vides, - ou cesse tout. Mais. Le tango, tout de même. L'exultation du corps dans la milonga. Le lâcher prise. Ou la sensualité d'un tango lent. ça n'est pas rien. Si. Rien. Mais oublie ce rien pour en faire un tout. Le temps de rien, de quelques morceaux de musiques. Etre à l'instant, vulnérable, à la merci de. Avant de mourir. Etre un corps tout entier captivé par la vie, le sol fermement contenu sous les pieds. Etre. Esprit captif de ses illusions, les chérissant et les cultivant. Dans la danse ou ailleurs. Avant de mourir sans même avoir compris pourquoi on aura vécu. La danse, un formidable exhausteur d'existence. Et pourtant pas grand chose, trois fois rien, quelques tours, quelques mots. Sans que le sens ne soit donné. Une part d'amour dérisoire. Succédané d'amour. Lui et cet autre, l'un et l'autre, encore lui, ou un autre. Ils passent. Je passe. Rien ne se fixe. Quelques mots quand je jacasse à mon tour. Comme ça pour jeter du leste, poids et tristesse,  et peut-être, peut-être prendre un peu  de  hauteur. Ouf. Laisser au sol les morts, élever l'esprit, le déterrer de la tourbe de la mélancolie. Vaine tentative. Elle aussi. Mais essayer quand même. Laisse tes mots ici, appuie sur la touche envoie et retire toi en silence. Maintenant. 

Publié dans bribes électives

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ALAIN RUELLAN 20/05/2018 22:43

OUI, beau c'est. de vive voix j'espère aussi le développement.

Nathalie 19/05/2018 23:38

Alors ça... toi.. ❤️

Claudine 19/05/2018 20:36

C'est beau !....ca demandrrait un developpement...
De vibe boic peut etre...gros bisous