Réservée aux dames

Publié le par gribouille

Pas loin de lâcher pied et d'abandonner le tango pour x raisons, j'ai repris pied  sur le sol ferme et glissant des parquets parisiens. J'ai il y a peu pu miauler de plaisir dans une milonga chatleureuse ( désolée pour le trop facile néologisme ou plus justement hapax (oui, hapax désigne un mot qui n'a qu'une occurrence dans la littérature française, et comme mon blog est français,  le terme est sans conteste approprié (une espèce de syllogisme arrangée à la mode tanguera. Un autre exemple ? les blogs de qualité sur le tango sont rares, mon blog est unique, donc il est de qualité (en preuve : la photo qui suit)))).

Belle soirée. Vraiment. Vraiment. 

J'insiste : vraiment. J'ai aimé chaque danseur. 

Mais peut-être puis-je sortir ma griffe ici. Après quelques échanges avec différentes tangueras, une griffe, coup de patte, ou de torchon. Pour vous mesdames, une griffe.

Pourquoi donc une griffe ? pourquoi pas deux, trois? Soyons mesurées, ai-je envie de préciser. Soyons modérées. Et avec le sourire, voyez-vous. Avec le sourire. Pas pour faire la pute, et attirer le chaland. Non. Ici sur mon blog, je souris, on en sourit ensemble, si vous le voulez bien. Je n'ai à plaire à personne. Ce n'est pas le cas en milonga.  Tout le monde le sait :  en milonga tu dois sourire si tu veux être invitée. Tout le monde le dit. Etre aimable. Alors souris. Souris.  Et puis le mec, avec lequel tu discutes même quand il te barbe, le mec, il te passe devant et te snobe superbement malgré ton sourire. Oui il va peut-être te saluer dans le meilleur des cas. Mais lui qui semblait apprécier ta manière de danser, là, il fait son roitelet, son fier, son beau. Je ne t'invite pas. Tel est mon désir. Tel est son pouvoir. Aujourd'hui. Demain. Autant de fois que je le voudrais. Je te garde pour les jours maigres, les jours sans.  Tel est mon droit.  Tel est son droit. oui. Et puis les mecs c'est vachement susceptibles. Alors en plus nous on doit jouer les calines, on doit les ménager, oui, on appelle ça le savoir vivre,  sourire, flatter, ne pas dire un mot plus haut que l'autre, on va pas se mettre à crier non ? c'est logique, c'est la vie en société qui l'exige, c'est bien la moindre des choses, ainsi donc chuchoter ou susurrer si c'est possible, se féminiser toujours plus, se déviriliser, en tout cas je t'ai dit oui, je vous déclare unis par les liens d'une tenda, je t'ai dit oui, suis venue me lover entre tes bras, et si t'es con,  c'est pas grave, c'est toi le maître, parce que ça n'amuse personne de faire tapisserie. Alors s'il danse moyennement, c'est toujours mieux que de faire sa piteuse sur sa chaise, à croiser et décroiser les jambes, et à s'interroger sur la qualité de sa danse, son pouvoir de séduction, à perdre peut-être un peu d'estime de soi, il y a toujours ce danger : quand un mec que tu connais, qui t'invitait,  te passe devant sans te regarder pour inviter ta voisine, ouais, ça veut dire quoi ? Là t'as envie de le lui brandir un doigt. Sortir la griffe. Tu me regardes plus ? tu fais comme si je n'existais pas ? Me plonges dans l'ombre de l'indifférence. Me nies. Et toi, femme, tu souris. Tu fais comme si. Sauves les apparences.

  C'est les rois les mecs ? 

Pour ma part, dorénavant, je m'en fous. C'est moi la reine. Qui dédaigne, si je veux, quitte à me calcifier sur mon assise, à faire qu'une avec elle, mieux : à devenir chaise. Personne ne m'a abandonnée là, c'est moi qui m'abandonne à la musique, à la rêverie. Je m'en tape des abrutis, des ennuyeux et des médiocres, des faux amis, de ceux qui se la pètent, qui paradent comme des coqs déplumés, de ceux qui m'ignorent, me snobent, me tournent le dos pour une broutille,  de ceux qui chassent uniquement la jeune tanguera, chair fraîche et faire-valoir, leur dard en étendard. De ceux qui d'une manière ou d'une autre n'ont pas ma qualité d'âme. 

Aucune obligation de part et d'autre. Aucune. Chacun est libre. Et pour la femme d'être reine.

Pour chacune d'entre nous. Mesdames. Soyons sans crainte. Les danseurs de qualité seront toujours plus nombreux. 

 

Publié dans Pour vous mesdames

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Violette 21/12/2017 17:42

Mouais. Connais ça aussi.... cet été notamment, jolie robe rouge, une milonga plein-air de 18h à 03h00 et............... pas un qui m'a invitée. PAS UN SEUL. Heureusement qu' j' guide aussi, mais c'est pas pareil, bref.
Là, ça fait 2 mois que j'ai tout arrêté. Tout tout tout. Ghostée pour ghostée, autant se rendre invisible carrément pour de bon. Franchement, ça fait un bien fou. Pour le moment, ça n'me manque pas trop, pas vraiment, pas du tout, en fait. Me sens libérée. Déchargée d'une habitude qui balisait mes week end, les bornait.

gribouille 23/12/2017 08:10

Faire une pause c'est bien parfois... mais tout arrêter ? ça ne peut être que temporaire. Pour ma part je me force, plus ou moins, à y aller au moins une fois par semaine question de ne pas perdre complétement le fil. Parfois c'est bien, parfois très décevant. Je comprends en tout cas pourquoi je te voyais moins sur le net... je me demandais où tu étais passée, tu te régénères :).

Alain 26/11/2017 12:03

Effectivement, c'est agressivement bien dit. Patte de chat, reine qui miaule mais aussi pathétique, émouvant. Sans doute [mais je n'y connais rien] est-ce l'esprit Milonga ? Les hommes manquent de tendresse et ne pensent qu'à eux. Pas assez prévenants et attentionnés. C'est pas grave si on est laissé(e)s de côté: la perspective n'en est que meilleure.

gribouille 27/11/2017 08:57

je réfute le terme de pathétique. J'aime bien cette idée de perspective sur les cotés. :) De toutes manières dès qu'on tombe dans les généralités, plein de contre exemples. Je ne sais pas si ça a du sens. Aucune nuance dans un coup de gueule. Et tant d'avis différents sur le sujet. A vrai dire, je ne sais ce qu'est l'esprit milonga. :)

Claudine 26/11/2017 09:35

Ah ! Que j'aime ton coup de gueule ! Tes mots si justes quii debusquent nos états d'âme ! Nous sommes les reines, les princesses ! Ils ont l'avantage d'être généralement moins nombreux en milonga

Nathalie 26/11/2017 09:04

Joliment dit :-)