Bis repetita placent à l'Opera

Publié le par gribouille

 

 Du déjà vu.  Du déjà dit. Ou presque. 

De nouveau à attendre qu'on m'invite. Invisible. transparente. Ils me passent devant absolument pas intéressés. J'échoue au bord des rêves d'un quidam, encore un, qui ne sait pas danser, mais qui m'aurait invitée sinon, encore un. A attendre je suis exposée au premier venu qui m'aperçoit désoeuvrée, désoeuvré lui aussi, à chercher à une oreille attentive  pour sa logorrhée de mythoman, futur ministre pour le moins. Il m'amuse, un peu, il me faut quand même m'éloigner, il pourrait devenir ennuyeux. Il me fera à la toute fin un départ d'artiste :  démarche  présidentielle sobrement exécutée. 

Ainsi, autour de l'Opéra, une faune nocturne parisienne très particulière et apparemment  en chasse (de quoi ?).  Ils prétendent fréquenter les palaces, les lieux prestigieux. Les lumières les attirent, leur solitude les effraie. 

Et moi pendant ce temps : j'attends.

Combien de photos de moi entrain d'attendre et qui vont faire le tour du monde ? de moi au coin de la photo ? peut-être juste un bout de chaussure ? une épaule ? Une simple trace. Une silhouette, immobile, attendant.  ça va, ça vient, Tout le monde sort son portable pour filmer. 

Je dois chasser les importun(e)s qui viennent se poster pile devant moi, immobile encore : décidemment  encore plus invisible que je ne le pensais,  je ne peux même plus prétendre au titre de plante verte dont on respecterait le besoin en lumière. Un dos me rejette dans l'ombre, m'efface. Il faudrait qu'ils se méfient pourtant, je suis particulièrement irritable quand j'attends trop longtemps. Certain(e)s comprennent tout de suite, s'excusent. Un autre, non, me regarde de travers, me demande si je suis une danseuse. Tu veux me servir d'exutoire Ducon ? 

Et j'ai attendu, attendu. J'ai eu le temps d'improviser  une  épitaphe, peu glorieuse et peu inspirée : prendre racine n'élève pas forcément l'esprit.

Ci-gît 

anonyme tanguera

décomposée par trop d'attente

Gueule cassée de la grande indifférence

oubliée sur un parvis tel un simple bibelot inanimé

R.I.P.

Et puis des femmes s'en vont, d'autres hommes apparaissent. Je commence à être invitée. Je reprends figure humaine, une âme de nouveau me renait, un cœur se remet à battre. ouf ! Tout n'était pas fini. Je danse donc j'existe. A la fin, prête à  partir, je reçois même  proposition sur proposition. 

Alors quoi ? Pour éviter cette attente,  la prochaine fois j'y vais avec une perruque  fambloyante, un porte voix et un tue mouche pour chasser les importuns ? 

 

 

 

 

Publié dans Paris

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Claudine 10/09/2018 12:59

Et toujours la signature du Maître (de la...) J'adore !...
La forme...le fond...

gribouille 10/09/2018 16:13

hé oui, tu pouvais difficilement dire "la maitresse". La langue française a quand même des ratés.
Paris sinon attend toujours ta venue !! ??? Décidemment le soleil du sud a des effets pervers.:)