Débris de la banalité

Publié le par gribouille

Dans une encoignure j'observe la piste de danse. C'est moins drole que dans le métro ou la rue. Ca ne se renouvelle pas. C'est un peu toujours la même chose. 

J'attends. Parfois je me dis qu'il y a de la musique, c'est déjà ça. Attends donc. Et puis non, décidemment je m'emmerde trop. Je m'en vais.

C'est pas forcement quand je porte ma robe la plus sexy que je suis la plus invitée.

Des femmes s'agrègent, comptent sur le doigt d'une main le nombre d'invitations. Je me tiens à l'écart, silencieuse. Je ne vais pas en milonga me faire des copines. 

Invisible. C'est pas grave j'aime pas les mecs qui se teintent les cheveux. 

Dans le métro, en route pour une milonga, zut, je m'aperçois que j'ai oublié de  mettre du déodorant et du parfum. J'active les phéromones.

Il y a des fois je me sens moche. Il suffit d'une parole gentille d'un danseur et je me sens redevenir belle. Tout n'est qu'illusion.

Certains ne peuvent s'empêcher de me réinviter. D'autres s'en empêchent mais me regardent de loin, oublieux de leur danseuse, déjà nostalgiques de notre danse. Il faut savoir se raconter des histoires au tango comme ailleurs. Sans ça , la vie est un peu plate

J'aime rire. Il ne rit pas, tout crispé. Détends toi mec, ce n'est qu'une danse. Ris au moins de tes faux pas.

Le rire peut sauver une mauvaise danse. Rions, la vie est un jeu de rôles, parfois on n'a pas le bon.

Au tango, comme partout, des habitudes. Et les habitués. Il arrive que ce soit extrêmement pesant. C'est l'ordinaire des jours. 

Une amie me dit : finalement au tango on dépend des autres. Effectivement, c'est embêtant, surtout  pour une sauvageonne comme moi. Mais je me suis mise au tango pour ça : socialiser.

Un vieux tee-shirt pas repassé. Un pantalon sans forme. Il y a des mecs qui ne font aucuns efforts. Certaines leur refusent. Bien fait !

L'une m'attaque : elle a quoi ma tenue ? Vous me regardez ! J'ai que ça à faire, lui dis-je. Je vais pour lui préciser que si elle ne veut pas être regardée, elle n'a qu'à mieux s'attifer mais elle fait déjà marche arrière, dans sa robe qui n'a ni devant ni derrière : un truc à trous, ça doit être de la dentelle bon marché.

Je me lève, je sens les regards des femmes qui me détaillent les jambes. Cherchent le défaut. Il n'y en a pas. Jalouses !

Il a voulu se distinguer , affirme-t-il, et s'est fait tatouer une phrase tirée d'une chanson sur le cou. Tous les jeunes se tatouent, lui fais-je remarquer. Il est vexé. De toutes manières il n'allait pas m'inviter. Je m'en fiche.

Elles élèvent la voix, sourient, rient, se passionnent pour ce qu'elles disent. Tout va bien. Elles ne sont pas invitées mais franchement tout va bien. 

Je fais la gueule. J'aime bien faire la gueule. Ca casse l'ambiance. 

La magie du tango, c'est quand, dans l'abrazo, on ne fait qu'un à deux. Je suis tentée de fermer les yeux, de m'abandonner. Je laisse l'amour du tango fluidifier ma marche. Le monde se pacifie.

J'aime le tango. 

Une tenda ratée, c'est quand tu t'aperçois que tu as mal compté. J'ai soudainement comme une montée de bile. La dernière danse te parait interminable. Le monde s'opacifie.

J'aime quand même le tango. 

Publié dans bribes électives

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Claudine 22/01/2018 10:40

C'est bien toi ! Toujours la même et toujours différente à la fois ! C'est ça le style ! Quand je te lis c'est comme si je voyais un petit film se dérouler.....et on se reconnaît (le talent de l'auteur....).
Voilà pour la forme. Et pour le fond que je déchiffre aussi, je te dis à samedi pour rire comme des collégiennes, que l'on danse ou pas !.....

gribouille 23/01/2018 17:05

samedi, d'autres talents à l'affiche et toi en star...au moins ! :)

Violette 22/01/2018 08:42

Très agréable à lire, et belle dynamique quand je l'ai lu.
Ton croquis m'a amusé. Un abrazo Gribouille.

gribouille 22/01/2018 10:15

Merci miss Violette. :)