Ta mère la pute

Publié le par gribouille

J'aurais du me méfier. Quand je suis arrivée, rien, pas un bruit, pas de musique, de vagues silhouettes dans la salle de bal. Je m'en suis étonnée. Mais je ne suis pas repartie, pas tout de suite. J'ai payé, me suis chaussée, assise, ai regardé, pris la mesure du peu d'intérêt de la chose, une tenda, me suis agitée sur ma chaise, deux, merde, je vais quand même pas rester à lorgner ces presque moribonds branler du squelette, trois, une quatrième tenda ? suis repartie. Me suis levée, digne, déchaussée, mes dix euros je m'en fiche, superbe, dix euros, qu'importe ! rhabillée, manteau, bottes. Parée pour aller affronter le froid. La ville. Les trottoirs vides.   Une bagarre au métro. ça crie quelque part, un attroupement. Je dévale les escaliers du métro. Lancée. Un  mec à capuche me double, tout en nerf. Ta mère la pute. Il ne dit ça à personne en particulier. Ta mère la pute, il insiste. Je finis par le prendre pour moi. Je le lui dis : hé, tu cherche la baston ? on s'essaie à un tango ?  Stoppé dans sa course. Regard interloqué. Interlope ? salope ! viens, que je lui propose, viens donc te frotter à mon abrazo. Il s'avance, m'attrape, je l'agrippe, il avance son visage vers le mien, tel un coup de boule raté. Je  colle ma joue contre la sienne. On fait un puis deux puis trois pas. Il tient pas son équilibre, peu assuré sur ses jambes. Son poing en ma main. J'ai planté mes ongles dans son dos. Je fais l'aérienne, la fragile, et un gancho bien senti dans l'entre-jambe pour ta mère la pute. Il suffoque. Ton équilibre ! lui crié-je dans l'oreille, je lui vrille le tympan, lui crochète la jambe droite, il s'affale par terre, je le redresse, le porte entre mes bras, virevolte autour de lui, un, puis deux, puis trois tours, je le vois tourner de l'œil pris  de vertige. Alors ta mère la pute? T'en as assez ?  Je me colle à lui, lui fais des huit avant, puis arrière, me frotte, le polit et le lustre, le racle et  l'étrille. Lui écrase les pieds par la même occasion. Lui fais rendre l'âme. Alors, mes dix euros ? Vaincu et repentant, à bout de souffle,  il me sort  malaisément de son immonde parka deux billets de 5 euros tout froissés. Tu paies pour les autres. Alors c'est qui la pute ? Je le défie : ose le dire. Il baisse la tête. Pardon madame. 

Et tout est rentré dans l'ordre, et moi chez moi.

 

Publié dans bribes électives

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Violette 21/12/2017 17:28

Abrazo cerrado exagerado, le tango, c'est plus excitant en plein-air à l'approche de Noël, je vois ça, à Panam... Le seul jeune gars et beau mâle à qui tu aurais pu donner le goût du tango, bin non, tu n' lui a même pas laissé sa chance de mener le bal ! Pauvre compadrito........... mais bon, en même temps, 10€ c'est 10€. Bizzzz Miss Buffy

anonymus 13/12/2017 17:31

Tout ça pour 10 euros ! où va le monde !